Une intervention concertée historique pour soutenir le yen
Le 30 juillet 2026 Tokyo et Washington ont uni leurs forces pour soutenir la devise japonaise. Il s’agit de la première coopération entre les deux banques centrales depuis près de 30 ans. La dernière remonte à 1998. A l’époque l’intervention visait à enrayer l’affaiblissement du yen, alors sur un plus bas de 18 ans.
Le 23 juillet 2026 le yen avait atteint son plus bas niveau contre dollar depuis 1986 (1$ = 163,85 yens).
La banque du Japon aurait vendu pour 52,8 milliards$ d’actifs le 30 juillet. Le trésor américain aurait de son côté vendu essentiellement des actifs libellés en €. C’est le point qui devrait nous interpeller le plus, pourquoi cette décision de vendre des actifs libellés en €…
Cette intervention a eu lieu après que la Banque du Japon a décidé de maintenir inchangé à 1% son taux directeur. Des attaques spéculatives étaient redoutées. Les investisseurs s’inquiètent de la capacité de l’économie japonaise à absorber les hausses récentes des prix du pétrole. Ils s’interrogent aussi sur l’efficacité du plan gouvernemental de soutien fiscal. Le gouverneur de la Banque du Japon Kazuo Ueda a déclaré « nous allons être vigilants car l’inflation sous-jacente approche les 2% ». Il lui est reproché un certain laxisme. Le marché attend une hausse plus rapide des taux directeurs. Un quart de point supplémentaire est attendu pour le mois de septembre. Pour rappel le Japon est sorti le 19 mars 2024 de sa politique monétaire de taux à 0% (taux directeur remonté de -0,10% à +0,10%).
Cet épisode du feuilleton financier de l’été a été passé sous silence. Il n’est pourtant pas sans conséquence. Il y a quelques années c’était l’inverse, le yen était trop fort. Il fallait intervenir pour l’empêcher de progresser au-delà de 1$ = 80 yens. La dernière intervention notable du trésor américain remonte à 2011, après le tremblement de terre et tsunami de Tohoku. Les investisseurs du principal créancier de la planète avaient rapatrié des fonds vers le Japon pour financer la reconstruction. Le yen s’était étonnement envolé après cette catastrophe. Le G7 était intervenu pour affaiblir le yen.
Les interventions du trésor américain pour soutenir des devises étrangères sont rares. La dernière en date remonte à 2025, pour soutenir le peso argentin. C’est autre chose.
Vers des interventions diverses répétées ?
Si le Japon doit vendre régulièrement des actifs dans les mois à venir pour soutenir sa devise, ce n’est pas une bonne nouvelle pour les européens. En effet le Japon, les Etats-Unis et l’Europe ont une problématique de dette non maîtrisée. Mais seul le premier possède en grande quantité de la dette des deux autres. La dette publique japonaise s’élève à 250% du PIB, la dette publique américaine à 120%.
Dans ce contexte il n’est pas étonnant que les taux souverains européens aient progressé cet été. Le taux du Bund 10 ans est passé de 2,86% fin juin à 3,37% aujourd’hui. Le taux de l’OAT 10 ans est passé sur la même période de 3,62% à 4,25%. A noter au passage un élargissement du spread OAT-Bund de 0,12% en moins de 3 mois.
Un ralentissement de l’économie mondiale serait malvenu. Il pourrait créer des tensions sur les dettes souveraines, surtout dans les pays qui connaissent un dérapage budgétaire significatif.
Les Etats-Unis vont devoir trouver des solutions.
L’équation française n’est pas simple. Les 8 prochains mois vont être compliqués. Les suivants sûrement également…
Le marché des emprunts pour les entités publiques locales
Depuis le début de l’année comme sur le dernier trimestre 2025 les entités publiques locales se sont tournées en grande majorité vers les emprunts indexés Livret A. Ce choix peut paraître surprenant. A court terme le différentiel de taux payé avec les emprunts indexés sur Euribor ou à taux fixe est certes positifs. Mais s’agissant d’emprunts long terme le positionnement sur un taux révisable non couvrable est plus étonnant. D’autant que le Livret A a une composante inflation qui est en hausse structurelle. Le taux actuel du Livret A ne reflète pas l’application de la formule. Il est « sponsorisé » par l’Etat français pour soutenir le monde du logement social. Face au mur de la dette française, jusqu’à quand l’Etat français pourra se permettre ce dumping au détriment des épargnants dont les économies sont rognées par l’inflation ? Contracter quelques emprunts indexés Livret A est une bonne opération de diversification. Contracter une majorité d’emprunts indexés Livret A est plus discutable. C’est se mettre à la merci de l’Etat français sans porte de sortie. C’est non seulement exposer sa dette dans les années à venir mais surtout se couper de toute possibilité de cristalliser un taux.
Pour les raisons rappelées au premier point de cette note, il est hautement probable que les taux fixes augmentent dans les années à venir. Les prêteurs avisés attendront une meilleure rémunération pour refléter un risque accru. Ils ne manquent par ailleurs pas d’opportunités. Pourquoi souscriraient-ils à un taux qui ne reflète pas la réalité du risque ?
Devant l’engouement des entités publiques locales pour les solutions Livret A, on constate déjà la mise en veille de quelques prêteurs. C’est une triste nouvelle. C’est une sorte de retour à l’encadrement du crédit des entités publiques locales qui vient effacer des années d’ouverture.
Quoi de mieux qu’un taux fixe pour se protéger de la hausse probable des taux fixes dans les années à venir ?
Il nous semble prudent et important de protéger sa dette à l’aube d’une période qui comporte autant d’inconnus…
Les grands équilibres de la France et les fondamentaux mondiaux plaident indiscutablement pour un renchérissement du niveau intrinsèque des taux fixes dans les années à venir.
Vigilance et opportunités pour les placeurs
Le premier mot d’ordre est conserver des liquidités. Les opportunités vont se multiplier. Le second mot d’ordre est vigilance. La situation va encore se compliquer pour l’immobilier. Elle devrait se tendre sur l’obligataire, donc privilégier les placements de durée courte ou les fonds datés de courte / moyenne échéance avec un couple rendement/risque adéquat. Sur les actions la volatilité à venir pourra être mise à profit pour saisir de bons points d’entrée.
