2025 a rempli les attentes

Pour la seconde année consécutive, l’histoire s’est déroulée comme prévu. La croissance mondiale a été faible mais au rendez-vous, l’inflation a été maîtrisée bien que supérieure aux objectifs. Le cycle de reflation perdure. Sans surprise les actions ont performé, le marché obligataire s’est bien tenu, le marché immobilier est resté déprimé, même si une légère amélioration à la marge a été constatée dans l’immobilier professionnel. Le Private Equity résiste bien que la question d’une bulle continue d’alimenter les débats. Les matières premières ont connu une année record, l’or en tête à désormais 4 900$ l’once. Cette ruée est davantage initiée sur fond d’une conquête des terres rares de la planète par les grandes puissances que sur fonds d’une recrudescence de l’aversion au risque. L’indice VIX reste stable.

La bonne performance des marchés actions n’est cependant pas uniforme. Aux Etats-Unis l’indice a été dopé par les Magnificient 7 tandis qu’en Europe c’est surtout un rattrapage du secteur bancaire qui s’est opéré. Anormalement valorisé à 0,3 fois les fonds propres depuis plusieurs années, ce dernier se paie désormais 0,7 fois. En dehors de ces spécificités les bourses ont été plutôt prudentes. Curieusement les secteurs agro-alimentaires et de la santé, pourtant stratégiques, ont été délaissés. C’est cette prudence qui explique que les marchés boursiers ne sont pas considérés comme surévalués et qu’ils rebondissent toujours très rapidement après une phase de correction.

Sur le plan des taux d’intérêts, confortée par une inflation globalement maîtrisée, la BCE a poursuivi son cycle baissier comme anticipé pour amener son principal taux directeur à 2%. La FED a également baissé son taux directeur de 1% pour le ramener entre 3,50% et 3,75%. Le Président Trump met une pression anormale sur l’institution afin qu’elle soit plus accommodante encore. Pour le moment cette dernière résiste, mais son indépendance est chaque jour menacée.

La baisse des taux directeurs est générale dans les pays développés. La BNS (Banque Nationale Suisse) a abaissé son taux directeur de 0,50% pour le ramener à 0%. La Banque d’Angleterre de 1% pour le ramener à 3,75%.

Seule la Banque du Japon a agi à contre-courant. Son taux directeur a été relevé de 0,25% à 0,75% afin d’attirer un retour de l’épargne japonaise vers l’archipel.

Cette décision n’est pas innocente dans la repentification des courbes de taux d’intérêts qui s’est opérée tout au long de l’année dans les économies développées. Le taux de swap IRS à 10 ans en zone euro a augmenté de 0,50% à 2,90%. Le spread 2-10 ans est passé de 0,15% à 0,75%. Cette repentification est par ailleurs cohérente avec le cycle de reflation.

Toutefois l’évolution est plus disparate sur les emprunts d’Etat. Le taux japonais à 10 ans s’est envolé de 1,10% à 2,25%. Bien que le déficit public américain se creuse significativement, le taux souverain à 10 ans a diminué de 4,60% à 4,15%. L’Allemagne a annoncé un vaste plan de relance de 600 milliards d’euros. Ce dernier, qui devrait créer un choc d’offre et stimuler la croissance européenne, n’a pas encore été décaissé. Pourtant le Bund 10 ans a progressé de 0,50% à 2,90%. En France l’OAT 10 ans a progressé également de 0,40% à 3,60% en raison d’une aggravation problématique de la situation budgétaire et financière. La note de l’Etat français a de nouveau été abaissée d’un Notch (A+ S&P et Fitch, Aa3 Moody’s). A contrario l’Italie tire son épingle du jeu. Le taux des BTP 10 ans s’est réduit de 0,10% à 3,50%. Le spread Italie-Allemagne s’est ainsi comprimé en un an de 1,20% à 0,60%. Il est vrai que l’Italie s’est engagée dans un programme d’austérité qui commence à porter ses fruits.

Si le plan de relance allemand va creuser le déficit outre-rhin, l’Allemagne peut se le permettre. Son ratio dette/PIB est de 62%. Le plan devrait déclencher une relance d’une économie mise à mal par le nouvel ordre économique mondial.

Le pays sur lequel se focalise l’attention en Europe est la France. Nos partenaires européens ont désormais compris l’irresponsabilité des Français qui n’ont pas d’état d’âme à laisser leur pays partir à la dérive et qui ne sont pas plus gênés de fragiliser la zone euro. Les investisseurs se détournent progressivement du pays. Bon nombre d’entreprises françaises se sont délocalisées en 2025, notamment pour s’établir en Italie. Après tout si les Français acceptent que leur pays, encore 4ème puissance économique mondiale il y a 40 ans, rétrograde dans la seconde partie du tableau, c’est leur choix. Chacun est libre d’en tirer les conséquences. Le spectacle politique a été affligeant en 2025. Il a pu être mesuré la limite d’un système où chacun défend ses propres intérêts aux dépens de l’intérêt général. La nomination du dernier gouvernement contre suspension de la réforme des retraites a laissé nos partenaires européens sans voix… La tension sociale est grandissante, les Français sont en désamour complet avec leurs représentants, aucun problème n’est réglé, les caisses continuent de se vider, et chacun continue de tirer la couverture à lui. Ce qui est plus grave, c’est le ressenti de lâcher prise en France et chez nos partenaires européens. La France est parvenue à un tel stade que désormais l’espoir est vain et chacun en tire les conséquences. Pauvre France !

Le financement des entités publiques françaises a connu une année atypique. Traditionnellement les marges proposées par les établissements bancaires sont plus élevées sur le premier semestre, et la guerre commerciale permet un ajustement en fin d’année. La dégradation le 12 septembre de la note de l’Etat français était plus qu’attendue. A l’exception d’une grande banque française, coutumière du stop & go, qui a profité de l’aubaine pour se retirer une énième fois du marché, tous les prêteurs français comme étrangers ont maintenu leur présence après le 12 septembre en étant cependant plus regardant. En revanche l’annonce en novembre de la suspension de la réforme des retraites a déclenché une vague massive de retraits. Les prêteurs estiment ne plus savoir valoriser « le risque français » et être désespérés par la trajectoire suivie par la dette publique. Cela a remis en cause pour beaucoup d’entre eux leur stratégie de placement. En effet pourquoi s’échiner à construire du sur-mesure quand vous pouvez investir directement et instantanément dans du papier d’Etat sur le marché obligataire, qui de surcroît rémunère mieux depuis la dégradation de la note souveraine.

Enfin un épisode irresponsable s’est produit au même moment sur le financement d’un gros CHU. Le marché du financement des entités publiques françaises et des hôpitaux fonctionne depuis plus de 30 ans sur une confiance réciproque entre prêteurs et emprunteurs. En effet la situation est déséquilibrée entre les premiers qui investissent beaucoup de temps et d’énergie pour soumettre des offres dans le cadre de consultations financières et les seconds qui les reçoivent et décident. L’information sur l’issue exacte de la consultation n’est pas toujours délivrée, même si la transparence s’est globalement accrue ces dernières années. Un CHU en bonne santé financière, parmi les 5 plus appréciés par les prêteurs en termes de qualité de risque, a retenu la meilleure offre et signé un mandat de mise en place avec un établissement étranger. Celui-ci s’est diligenté pour monter le dossier de crédit et préparer la documentation. Au moment de signer le contrat de prêt, le CHU qui n’avait pourtant pas dénoncé le mandat, s’est rétracté précisant avoir conclu entre-temps avec un autre établissement une offre pourtant moins intéressante. La situation est d’autant plus cocasse que les conditions définitives de l’établissement étranger se sont améliorées entre la date de signature du mandat et la date où il aurait dû être exécuté. Le CHU, pourtant accompagné par un cabinet de conseil de renom, n’a pas présenté ses excuses et n’a pas daigné proposer de solution constructive, malgré le travail évident de l’établissement.

Ce fut la douche froide. La répercussion a été immédiate sur le marché. De nombreux investisseurs ont jeté l’éponge. Si le CHU ne rencontrera aucune difficulté à financer ses investissements dans les années à venir, ce précédent a entamé la confiance et va laisser des traces.  Plusieurs petits hôpitaux n’ont pas trouvé de financements en fin d’année dernière, une situation que je n’avais jamais rencontrée en 30 ans au service des hôpitaux publics français, pas même pendant la période du credit crunch de 2012/2013.

Les marges proposées par les prêteurs traditionnels pour des financements en taux variable oscillaient entre 0,72% et 0,95% au premier semestre. Sur le dernier trimestre elles s’établissaient entre 0,90% et 1,20%. Couplé à la hausse des taux de swaps évoquée précédemment, l’impact sur les taux fixes proposés a été significatif. Alors qu’il était possible de figer un taux sur 20 ans amortissable entre 3,30% et 3,45% en début d’année, les meilleurs taux offerts en fin d’année étaient de 3,70%.

Par conséquent beaucoup d’emprunteurs se sont tournés en fin d’année vers le Livret A avec des marges comprises entre 0,40% et 0,70%. L’index qui était encore à 3% au 1er janvier 2025 a été abaissé à 2,40% le 1er février 2025, puis à 1,70% le 1er août et sera abaissé à 1,50% le 1er février 2026. Le ministre de l’Économie a suivi la recommandation du gouverneur de la Banque de France. Ce taux ne reflète absolument pas l’application de la formule qui est censée le déterminer. Il s’agit clairement d’une option exercée par le gouvernement pour soutenir le monde du logement social et relancer la construction. C’est une aubaine pour les emprunteurs d’autant que de plus en plus d’établissements distribuent des enveloppes indexées. Les emprunts étant signés sur des durées longues, il se posera la question de leur couverture dans le temps, la conversion en taux fixe étant prohibitive voire impossible. A court terme le gap de taux payé (2% en moyenne) avec un taux fixe (3,75%/3,80%) ou un prêt sur Euribor (2,90%) est sans appel. En outre l’index est globalement stable et peut demeurer de marbre face aux tensions monétaires si le gouvernement le décide.

Il est à noter que certaines collectivités continuent de se tenir à l’écart des taux fixes au motif qu’elles attendent des taux inférieurs à 3%, sinon à max 3,20%. Nous continuons de penser que cela n’est pas gagné tant que durera le cycle de reflation. Les taux demeurent historiquement bas, même s’ils sont plus élevés que ces dernières années. Cela crée un déséquilibre dans les dettes existantes. La sensibilité à la hausse des taux est accrue. A court terme cela est bénéfique. A moyen terme cela crée un danger si la croissance vient à s’amplifier, ce qui n’est pas exclu à la lumière du plan massif de relance allemand. Nous continuons de recommander de figer certains taux quand des opportunités se présentent, que ce soit en modifiant les contrats existants ou au besoin en mettant en place un swap.

Un commentaire s’impose sur la baisse des taux longs américains alors que le déficit public ne cesse de s’accroître. L’administration Trump a autorisé l’acquisition de bons du trésor américain avec des crypto-monnaies. Elle fait ainsi des courbettes aux fonds des cartels mexicains et à tous les détenteurs mondiaux d’argent sale. Cette décision n’est pas innocente dans le développement mondial des crypto-monnaies. L’argent n’a plus d’odeur dans la guerre que se livrent la Chine et les Etats-Unis. Il est inquiétant de voir l’Europe réfléchir à la création de sa propre crypto-monnaie. C’est le comble quand on considère les importantes mesures de lutte contre le blanchiment d’argent que doit respecter au quotidien la sphère financière européenne. Avec la blockchain, aucun doute, on sait d’où vient l’argent. Mais il est accepté et réinjecté sans vergogne dans du papier d’Etat car il n’y a aucune régulation. Dans les circuits traditionnels il serait bloqué et déclaré à TRACFIN. Tous les coups sont permis dans la partie de Risk ou de Diplomatie (un clin d’œil à ceux qui ont connu cet excellent jeu) que se livrent les grandes puissances.

 

3 dangers menacent l’équilibre mondial

Tout d’abord les errements du Président Trump. Avec sa stratégie commerciale agressive il a créé du chaos et remis en cause les règles suivies depuis plus de 40 ans par l’OMC. Il est responsable des principaux épisodes de volatilité vécus en 2025. Des délits d’initié à grande échelle ? Il ne s’arrêtera pas en chemin. Il ne lâchera rien sur le Groenland qui regorge de terres rares inexploitées. Heureusement les marchés commencent à s’accommoder de ses crises d’impérialisme et ne réagissent presque plus. Ils ont constaté comment le Japon a calmé instantanément le président américain au printemps dernier en vendant des bons du trésor américain quand il tentait de lui imposer des tarifs douaniers. Et plus récemment comment la Norvège a déstabilisé à son tour Wall Street en mettant en vente des actifs américains détenus par son fonds souverain, quand le président américain a annoncé l’instauration de nouveaux droits de douane à compter du 1er février 2026 pour les pays qui s’opposaient à son annexion du Groenland.

La plus grosse menace est le dégonflement de la bulle de l’Intelligence Artificielle. A la différence de la bulle tech des années 2000, il y a des bénéfices. Certes, mais c’est sans compter les capex colossaux qui ont été investis. La bulle s’auto-alimente avec tout un écosystème de participations croisées entre des entreprises et des sous-traitants. L’IA connaît une véritable ruée de géants qui investissent sans limite dans l’espoir d’écraser la concurrence et d’être seuls à l’arrivée pour vivre paisiblement en situation de monopole. Le souci est que toutes les sociétés ont la même stratégie. Pour rentabiliser les investissements réalisés jusqu’à présent et suivre le business modèle actuel il faudrait que dorénavant tous les utilisateurs de chap gpt acceptent de payer à l’avenir un abonnement mensuel de 370$. Ce qui ne sera pas. Il en résulte une nécessité de refinancer une grande partie des capitaux investis en dette privée pour tenir le rythme à venir des investissements. On évalue à 800 milliards de dollars la somme à transformer en dette privée à compter du 31 mars 2026. Quelle rémunération attendront les investisseurs de cette dette compte tenu des incertitudes qui perdurent, quand il est possible d’investir dans de la dette publique ou de la dette privée émise par des banques dont les bilans sont très solides ? Sans parler des artifices comptables pour masquer la réalité. Les géants ont presque tous multiplié par deux la durée des amortissements de leurs investissements (passés de 3 à 6 ans). Les engagements hors bilan ne sont pas comptabilisés (i.e. engagements de loyers versés à des fournisseurs sur 15 ou 20 ans). Les inquiétudes se focalisent sur Oracle. Mais ce ne sont pas les seuls, Amazon et Meta ont également du souci à se faire. Quelle est l’exposition des banques américaines au secteur ? Une autre raison de la progression de l’or ?

Enfin la dette publique française non contrôlée est une menace pour les Français mais également pour l’Europe. A la fin du 3ème trimestre 2025, la dette publique française brute au sens de Maastricht s’établit à 3 482,2 Mds€ (source Insee). Elle a progressé sur un an glissant en montant (+180,8 Mds€) et en représentation du PIB (117,4% contre 113,7%). Dans les détails l’endettement de l’Etat a de nouveau progressé de 155,0 Mds€ (+173,4 Mds€ l’année précédente) à 2 846 Mds€, celui des organismes d’administration centrale à dette publique a diminué de 0,3 Mds€ à 68,4 Mds€, celui des administrations de sécurité sociale a augmenté de +13,1 Mds€ à 305,2 Mds€. La dette des administrations publiques locales a progressé (en hausse de 12,9 Mds€ contre 8,9 Mds€ l’année précédente) à 262,9 Mds€. La dette publique française nette a augmenté de 185,5 Mds€ sur un an glissant à 3 232,3 Mds€. Le dernier pays communiste d’Europe s’enfonce dans une crise politique et sociale sévère pour laquelle il est peu probable qu’une issue soit trouvée en 2026. Le bal des égoïstes est interminable. Il est à craindre qu’il faille attendre au mieux les élections présidentielles de 2027 pour qu’une prise de conscience s’opère. Où en sera le pays d’ici là ? Le ratio de la mort des 120% de dette/PIB risque d’être franchi. Un sacrifice du pays dont les acteurs d’aujourd’hui auront probablement à rendre compte dans l’histoire. Une explosion de la bulle IA ou un ralentissement économique aurait des effets dévastateurs pour un pays aux caisses vides non préparé à encaisser des chocs. Heureusement ce n’est pas notre scénario central (cf. infra).

 

Des politiques monétaires qui devraient rester accommodantes

L’année 2025 a vu des mouvements importants rappelés précédemment. Il ne devrait pas se passer grand-chose en 2026. La BCE devrait maintenir son taux directeur à 2%. Tant que l’inflation demeure globalement maîtrisée, ce niveau devrait être conservé. La Fed, harcelée par le président Trump, devrait finir par baisser son taux directeur de 0,50%, de gré ou de force.

Le dollar s’est considérablement affaibli en 2025. La parité euro dollar est passé de 1€ = 1,04$ à 1€ = 1,18$. Ce n’est pas génial pour nos entreprises exportatrices mais c’est une bonne nouvelle pour l’inflation importée. Tout est réuni pour que la parité continue de se dégrader en 2026. L’inflation devrait donc se stabiliser.

L’inflation salariale progressant en Europe, une amélioration du pouvoir d’achat des ménages est attendue. Aidée par le plan de relance allemand nous pensons que la croissance va augmenter en zone Euro. Les deux combinés l’année devrait être bonne. Les marges des entreprises devraient être préservées et pourraient augmenter dans certains secteurs.

 

Le marché des emprunts pour les entités publiques locales

Comme décrit précédemment la situation s’est compliquée en fin d’année dernière. L’année 2026 va être particulière en raison des élections municipales. Toutes choses demeurant égales par ailleurs les marges des prêteurs devraient légèrement rebaisser sur le premier semestre (0,80% à 1,10%), compte tenu de volumes d’emprunts moindres, de liquidités abondantes, et d’une remise à zéro des compteurs commerciaux. Elles demeureront cependant nettement supérieures aux marges des années précédentes. La situation pourrait se compliquer au second semestre.

Les taux variables continueront d’être attractifs malgré la remontée des marges. La stabilité attendue de la politique monétaire devrait inciter les emprunteurs à bénéficier du portage comparé aux taux fixes.

Ces derniers pourraient continuer d’augmenter, ce qui ne va pas simplifier les arbitrages, et la traditionnelle gestion de dette en répartition arbitraire taux fixe – taux variable. Nous le martelons, les taux fixes demeurent historiquement bas. Si la croissance s’accélère dans les années à venir, il serait logique que les taux fixes remontent. N’oublions jamais la traditionnelle équation taux d’intérêt long terme = taux de croissance + inflation, même si elle ne veut plus dire grand-chose dans des marchés complexes et efficients.

La tentation pourrait être grande de saisir les opportunités en Livret A avec toutes les limites que cela implique que nous avons rappelées précédemment. Cela pourrait aussi décourager certains prêteurs qui se posent la question de se maintenir sur le marché du financement des entités publiques françaises après les désillusions connues en fin d’année. Ce serait indirectement un retour au financement encadré par l’Etat et un bond en arrière après une décennie d’ouverture réussie et salutaire du marché.

Le marché obligataire pourrait être compétitif cette année, à mesure que la hausse du taux de swap à 10 ans excède celle de l’OAT de même maturité. Les liquidités étant surabondantes les dettes souveraines européennes pourraient être mécaniquement recherchées pour une question d’équilibre des portefeuilles. Même si elle fait peu rêver en ce moment, la dette française pourrait en bénéficier.

Une poursuite de la repentification de la courbe des taux est donc probable en 2026. Elle devrait offrir son lot d’opportunités de mise en place de swaps. Entrer un taux fixe compétitif et le variabiliser à la première hausse pourrait être intéressant. La vente d’option va également retrouver tout son sens : logiquement les prêteurs devraient proposer des taux fixes à barrière (Charte Gissler 1B).

 

Un marché immobilier en mutation mais toujours en crise

La baisse des taux courts a redonné un peu de pouvoir d’achat aux acquéreurs d’immobilier en direct qui concluent des financements à taux variable. Les taux fixes n’ont pas suivi la tendance pour les raisons expliquées précédemment. Le marché n’a toujours pas corrigé comme il le devrait faute de transactions suffisantes. La confiance est rompue, le marché est atone. Les vendeurs continuent de proposer des biens surévalués. La hausse de la fiscalité locale, des charges, du coût des rénovations énergétiques nécessaires sont d’autant plus dissuasives sur des biens surévalués. Il est probable que la situation perdure. Les rares transactions concernent surtout des résidences principales, le marché de l’investissement locatif est en crise. La situation de la France, la hausse de la fiscalité, les normes énergétiques, la hausse des coûts dissuadent les investisseurs avertis.

La construction est à l’arrêt. De nombreux promoteurs ont fait faillite ou sont en plan de redressement. Ils ont en effet développé des business modèles à fort effet de levier en multipliant les projets sans fonds propres, parfois à l’infini dans une optique de course frénétique à la grandeur. Cela fonctionnait jusqu’en 2022 car les banques leur prêtaient presque sans regarder. La remontée des taux longs, pourtant annoncée et logique, a bousculé les équilibres financiers. Au lieu de se remettre immédiatement en question, la grande majorité s’est tournée vers le crowdfunding pour poursuivre la même stratégie. Ils ont fait fi des risques que cela comportait dès lors que la structuration des fonds propres n’était pas au rendez-vous, que le coût de la ressource financière avait plus que doublé, et que les stocks ne s’écoulaient plus en raison de la crise immobilière qui a pris le relais. A l’arrivée ce sont des milliers de petits épargnants qui en ont fait les frais. Pour la plupart ils ne retrouveront jamais leur capital, pour les plus chanceux ils n’en recouvreront qu’une partie mais avec un délai de récupération fortement rallongé. Ces faillites de promoteurs ont entrainé d’autres faillites en cascade, celles d’une grande partie des sous-traitants qui n’avaient pas assez diversifié leurs clients. Etonnement c’est un sujet peu évoqué, tabou semble-t-il. Il y a pourtant beaucoup de faits qui relèvent du scandale. La sincérité de l’information délivrée n’était pas toujours au rendez-vous.

La forte baisse du Livret A annoncée par le gouvernement a pour but de relancer la construction par les bailleurs sociaux. C’est une vraie bouffée d’air pour ceux-ci qui vont devoir non seulement augmenter les efforts de construction mais également rénover des parcs vieillissants pas toujours aux normes. Nous assistons ici aussi à une ré intermédiation de l’Etat français.

Le marché de l’immobilier professionnel sort en revanche du marasme. L’opération de vérité effectuée en 2023 sur les valeurs d’expertise a déclenché une forte correction. La pilule était salée mais cette transparence a accru la confiance à la différence du marché résidentiel. Les loyers ont tenu et ont tendance à s’accroître. Ainsi les détenteurs de long terme ont certes des positions qui ont subi une moins-value, mais tant qu’ils n’ont pas vendu ils n’ont rien perdu, et les revenus perçus ont même augmenté. 2025 a vu un retour assez marqué sur les investissements en SCPI, avec toujours une distinction entre les nouvelles (qui n’ont pas été affectées par cette vague de correction car constituées après ou pendant) qui collectent et les anciennes en perte de vitesse. Les nouvelles SCPI utilisent cette collecte pour acquérir des immeubles à bon prix. La tendance devrait se confirmer en 2026 et même probablement s’accélérer. Les datacenters et centres de logistique sont toujours plébiscités, mais les investissements plus traditionnels retrouvent également une bonne dynamique.

 

Le marché monétaire ne présente aucun intérêt

Avec un taux directeur à 2% en zone euro, la rémunération obtenue est inférieure à l’inflation. L’investisseur s’appauvrit.

 

Le marché obligataire est solide

Une quatrième excellente année consécutive est attendue pour le marché des obligations d’entreprises. Les principaux émetteurs ont des bilans solides. Les spreads devraient continuer de se comprimer sur tous les compartiments, Investment Grade comme High Yield. La rémunération n’est plus assez compétitive sur l’IG. Nous recommandons de privilégier soit le premier quartile du segment HY soit les obligations des grandes entreprises d’infrastructures des pays émergents dynamiques.

Nous recommandons de conserver une duration de portefeuille relativement courte, de 2 à 3 ans. En effet la remontée probable des taux longs affectera la valorisation des portefeuilles de duration supérieure.

Les fonds datés offrent également toujours une alternative intéressante. Les rendements embarqués diminuent mais on trouve des fonds d’échéances 2029-2031 qui devraient tirer leur épingle du jeu. En particulier ceux qui investissent dans de la dette bancaire qui offre un excellent couple rendement / risque.

Le taux de défaut reste faible.

On peut aussi signaler la présence sur les plateformes de crowdfunding de financements d’entreprise sous forme d’obligations. Certains projets sont bien montés et offrent de bonnes garanties contrairement aux opérations immobilières.

 

Les actions, toujours les actions

Sans surprise en cycle de reflation les actions restent la classe d’actifs la plus performante. Comme expliqué auparavant les bourses ne sont pas surévaluées. Les performances 2025 ont surtout été l’œuvre aux Etats-Unis des Magnificient 7 et en Europe des valeurs bancaires. En dehors la cote est restée prudente, les valorisations sont dans l’ensemble raisonnables.

Les liquidités restent surabondantes. Cela devrait soutenir le marché, malgré les incertitudes. Avec l’inflation maîtrisée et l’augmentation des salaires les ménages voient leur pouvoir d’achat s’améliorer. La consommation de biens courants devrait être soutenue. Les secteurs qui ont sous-performé ces dernières années après leur forte progression pendant le covid, la santé et l’agro-alimentaire notamment, pourraient effectuer un rattrapage. Le secteur bancaire pourrait continuer sur sa lancée pour se rapprocher d’une valorisation à 0,9 ou 1 fois les fonds propres.

Au niveau géographique l’Europe est en berne depuis plusieurs années, boudée par des investisseurs qui fuient les normes règlementaires trop contraignantes, et préfèrent investir au Canada, au Mexique, en Inde, ou au Brésil. L’annonce du plan de relance allemand change la donne. Bien que celui-ci va creuser le déficit public allemand, il devrait soutenir l’activité. La reprise de la consommation devrait emboiter le pas, les taux d’épargne étant au plus haut. Les gérants actions devraient logiquement surpondérer en 2026 le marché européen, même si la croissance des bénéfices est supérieure aux Etats-Unis ou dans les pays émergents.

Le Private Equity devrait marquer un ralentissement si les investisseurs accroissent leur exposition directe en bourse. A noter que certaines sociétés de Private Equity se valorisent en bourse 25 fois la valeur de leurs actifs sous gestion, ce qui semble exagéré. Une pause pourrait faire du bien à ce secteur qui a connu une croissance très soutenue ces dernières années. Une rationalisation pour mieux rebondir serait souhaitable, le marché recelant toujours autant de pépites.

 

Les crypto-monnaies

Pour les mauvaises raisons évoquées précédemment elles devraient encore progresser. L’argent sale court les rues et les perspectives de blanchiment facile offertes au nez et à la barbe d’un secteur financier très contrôlé devraient continuer de le drainer vers les crypto-monnaies. Les monnaies alternatives au bitcoin utilisant la blockchain devraient poursuivre leur essor. Quel monde !

 

Conclusion

Une excellente année en perspective où l’on pourrait voir une accélération de la croissance. Celle-ci règlerait bien des problèmes. Elle permettrait de relativiser la gravité des déficits publics car théoriquement les recettes devraient permettre d’en compenser une partie. En espérant bien entendu que les nouvelles recettes ne soient pas utilisées pour augmenter les dépenses.

L’Italie commence à aller mieux même si le poids de sa dette est toujours important. Elle s’est donné les moyens. La France est le mauvais élève de l’Europe.

L’environnement est favorable pour les investisseurs. Le patrimoine des Français non enfermés dans une frilosité excessive devrait augmenter.

Le financement des entités publiques françaises sera moins simple que ces dernières années mais dans l’ensemble toujours correct.