Après le rallye euphorique qui a succédé au choc de la crise du covid et poussé les indices mondiaux vers de nouveaux records, le retour de la volatilité est à redouter dans les semaines à venir.

Les bourses frémissent, les taux reprennent une orientation haussière, la volatilité augmente, les marchés sont nerveux.

Les mauvaises nouvelles sont nombreuses et les investisseurs s’interrogent. Si Evergrande recevra a priori le soutien de la Chine évitant un risque systémique au système financier chinois, les inquiétudes se focalisent déjà sur d’autres sujets : la hausse continue des matières premières va-t-elle faire décoller l’inflation ? Quel va être l’impact sur la rentabilité des entreprises ? Quelle est la vigueur réelle de la croissance américaine ? Les Etats-Unis vont-ils réussir de nouveau à éviter un shutdown ? Quelles conséquences sur les liquidités en circulation de la réduction imminente (début novembre a priori) du soutien de la Fed aux marchés ? Va-t-elle déclencher comme en 2013 un net mouvement de remontée des taux (140 points aux Etats-Unis, environ 100 points en zone Euro) ?

Ces interrogations surviennent après une hausse soutenue des indices et sont logiquement prétextes à des prises de bénéfices. Elles sont presque salutaires pour le rééquilibrage des marchés, pour une rationalisation après cette hausse un peu trop rapide et soutenue.

La correction est pour le moment très faible et dépendra des éventuels supports techniques enfoncés. La volatilité pourrait croître.

Les investisseurs suivront de près le pilotage de la réduction des mesures quantitatives par la Fed, et la communication sur un changement de cap éventuel de la politique monétaire, pour le moment escompté à partir de la mi 2022. Ils deviendront nerveux au moindre impact jugé excessif.

Nous pensons que les challenges des économies développées évoqués dans nos notes précédentes demeurent d’actualité : crise des débouchés, conséquence du vieillissement de la population ; un changement radical des modèles économiques semble indispensable. Il est en cours, et la Chine, sûrement désormais la plus concernée, opère des mutations profondes avec des idées novatrices. Ce processus prendra cependant du temps et toutes les branches économiques n’en sortiront pas indemnes.

Dans ce contexte nous pensons que la tendance de fonds n’est pas modifiée. Elle plaide pour un maintien durable de taux courts bas et pour des soutiens ponctuels par les banques centrales si nécessaires. La BCE observera dans un premier temps ce qu’il se passe outre atlantique, avant de se lancer à son tour dans une diminution des injections. Elle ne prendra aucun risque d’enrayer une croissance encore fragile, dont les chiffres ne sont qu’en trompe l’œil après la correction de l’année 2020.

Une hausse de la volatilité à court terme est toutefois probable. Elle devrait créer son lot d’opportunités pour les investisseurs.

Du côté des taux longs les marchés pourraient être tentés par une repentification à chaque annonce d’accélération de l’inflation pour se rapprocher de l’équation théorique (taux longs = taux de croissance + inflation), en deçà de laquelle ils évoluent depuis quelques années. Si l’inflation semble s’accélérer (notamment sur les matières premières, les produits alimentaires, et certains produits spécifiques), la croissance est plutôt attendue en décélération dès l’année prochaine. La normalisation est donc peu probable.

Des épisodes haussiers ponctuels sont à envisager mais ne doivent pas paniquer les emprunteurs publics. S’ils ont lieu au moment de la campagne d’emprunt, il peut être opportun de se positionner sur taux variable en attendant des jours meilleurs (la plupart des prêts à taux variables offrent la possibilité de cristalliser un taux en cours de vie). Les taux fixes inférieurs à 1% sur des durées supérieures à 15 ans constituent toujours des opportunités. En dehors de ces soubresauts haussiers, une braderie des taux fixes pourrait une nouvelle fois opérer en cette fin d’année. Le calendrier des élections départementales et la crise sanitaire ont fortement diminué le recours à l’emprunt des entités publiques depuis le début de l’année ; les prêteurs sont en retard dans leur production.

Le déficit public en zone euro est attendu à 3% en 2022 contre 7,1% en 2021. La diminution de l’offre de papier public simplifie la tâche de la BCE de réduction des injections de liquidité l’année prochaine.

Ainsi le changement de cap à venir de la BCE ne devrait pas présenter de fort impact sur le prix des actifs. L’équilibre offre-demande ne sera que peu altéré. Les produits sécurisés, plus rare, seront toujours recherchés par des investisseurs qui accroissent leurs prises de risque par ailleurs. Pour une allocation globale équilibrée, ils n’auront pas d’autre choix que de maintenir ces acquisitions sécurisées même si les rendements demeurent très faibles. C’est la principale raison qui nous fait penser que les taux longs ne rejoindront pas leur niveau théorique. La moindre repentification déclenchera des arbitrages qui auront pour conséquence un maintien des taux longs sur des niveaux bas.

La hausse du prix des actifs devrait ainsi perdurer même si, à court terme, la volatilité risque d’être accrue. Il conviendra cependant d’être de plus en plus sélectif et de ne jamais oublier que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel.