Le constat
L’OAT 10 ans se traite à 4,80%. Elle se traitait à 3,40% en début d’année, à -0,10% début 2021 (= les investisseurs payaient pour avoir le droit d’acheter de la dette souveraine de la France).
Le spread avec le Bund 10 ans est désormais à 123 points, contre 58 en début d’année, 42 début 2021.
La dette publique française atteint environ 3 595,5 milliards d’euros, soit 119% du PIB (pour rappel 120% est appelé le « ratio de la mort »).
- Le marché, i.e. les investisseurs dans la dette publique, perd confiance dans la France.
- Cela pose un problème immédiat (renchérissement significatif du coût de la dette avec pour conséquence une aggravation du déficit public) et un potentiel problème imminent (non refinancement de la dette signifiant une mise sous tutelle).
Cela fait plusieurs années que nous alarmons sur cette tendance. Rien n’est fait et visiblement rien ne sera fait. Le déficit public de la France est attendu entre -4,7% et -5,4% du PIB pour 2026. Il est actuellement débattu un budget avec un déficit public de 5,4% pour l’année 2027. Le clash est devant nous.
Le constat le plus douloureux est que personne n’est responsable individuellement, mais tout le monde est responsable collectivement.
La solution
La solution est simple. Il faut réduire tout de suite le budget de l’année 2027 de 6%.
Comme le ferait n’importe quelle entité privée devant de telles perspectives !
Le système politique actuel fait qu’il est impossible de mettre tous les acteurs d’accord. S’ensuivent des discussions interminables, des contestations, des arbitrages impossibles et systématiquement discutés une fois rendus. Bref un système qui ne fonctionne pas et mène à sa propre perte.
La seule solution est une réduction de chaque budget de l’Etat de 6% sans distinction. Charge ensuite à chaque ministère d’arbitrer en son sein les dépenses en respectant la contrainte globale de -6% pour le ministère. Si ce n’est pas possible, à cause des discussions interminables, grèves des égoïstes qui veulent privilégier leur situation au détriment des autres… alors c’est -6% en ligne à ligne. Cela s’appelle un effort collectif pour redresser une situation de crise. Et c’est urgent, car le temps perdu aggrave la situation en raison de l’envolée des taux longs et du coût de la dette.
Une baisse de 6% du budget total amène à un léger excédent budgétaire. Cela ne s’est pas vu depuis 1974, soit depuis 52 ans !! Cela fait 52 années consécutives que la France vit au-dessus de ses moyens.
C’est la seule manière d’inverser la tendance.
Un déficit ne doit être qu’une conséquence d’un imprévu, pas un objectif.
Cela fait 52 ans que les hommes politiques nous promettent des « cadeaux » au lieu de nous laisser assumer les efforts nécessaires.
Revenir à un excédent budgétaire symbolique ne règlera pas immédiatement la situation. Il faudra des années pour rétablir une situation décente.
Mais cela aura un impact fort : le message adressé au marché. La confiance dans la France sera retrouvée. La France sera enfin perçue comme responsable et non comme le pays qui prend des engagements envers les autres pays européens, ne les respecte pas, et pénalise tout le monde.
Les taux d’intérêts d’émission de la dette publique baisseraient mécaniquement de plus de 6%. Le spread avec l’Allemagne se comprimerait.
Cette diminution supérieure à 6% du budget du service de la dette ne doit pas être dépensée. L’économie doit être versée sur un fonds souverain à créer. Ce fonds souverain, qui pourrait être alimenté chaque année par les éventuelles « cagnottes fiscales » et en tout état de cause par la diminution du budget du service de la dette, aura pour but de se développer et d’aider la France à se refinancer. Ainsi il pourrait proposer progressivement des solutions alternatives au refinancement de la dette publique : des taux préférentiels sur des durées courtes pendant les périodes de tension sur les marchés ou pour accompagner les plans de relance. A terme, s’il se développe correctement, il pourrait investir dans les « intérêts stratégiques » de la France.
Il n’est pas inutile pour l’histoire de rappeler que le fonds souverain norvégien a été créé en 1990 pour pallier à la cyclicité des revenus pétroliers. Il a été à l’origine alimenté par les excédents de réserve de change générés par les exportations pétrolières. Il a ainsi commencé modestement avec environ 175 millions de dollars. Puis il a été progressivement alimenté par l’ensemble des profits de la Norvège liés au pétrole : impôts, permis d’exploitation de gisement, d’exploration ou encore participations dans des sociétés comme Norsk Hydro. Avec la magie des intérêts composés (capitalisation) il est aujourd’hui valorisé plus de 2 000 milliards d’euros, soit plus de 350 000€ par norvégien. La dette française représente plus de 52 000€ par français.
Cette baisse de 6% du budget créera sûrement un climat maussade. En effet beaucoup se sont habitués à la récurrence de « cadeaux » financés non par des deniers de l’Etat, mais par de la dette publique, donc par les impôts prélevés sur une partie de la population.
Certains pourraient crier que cela plongerait la France dans la récession. Outre que ce scénario va venir irrémédiablement si nous ne faisons rien et que la France n’aura pas les moyens d’inverser la tendance, je rétorquerai que c’est loin d’être sûr : ce serait en effet un message fort adressé aux entrepreneurs. Ces derniers, matraqués fiscalement, souvent mal aimés, peu récompensés pour les risques qu’ils prennent, n’investissent presque plus en France. Certains partent s’installer à l’étranger. La perspective de voir l’Etat français prendre ses responsabilités, c’est-à-dire diminuer les dépenses et cesser d’augmenter la fiscalité en tous genre, pourrait restaurer la confiance et déclencher un nouvel élan de croissance. Car les talents sont en France. L’investissement est en revanche en panne.
Est-ce que la coupe budgétaire peut toucher les salaires des fonctionnaires et les pensions de retraite ? Oui si le ministère ne parvient pas à réduire les autres dépenses. C’est dur mais aujourd’hui nous n’avons plus le choix. A priori à la lumière des différents rapports publiés il y aurait moyen de ne toucher ni aux salaires ni aux pensions. Mais cela nécessite un certain courage politique. Chaque ministre devra se livrer à une opération de transparence et rendre des comptes.
Le principal danger d’un pays surendetté, c’est l’hyper inflation. Augmenter chaque année les salaires de 2 ou 3% est contre-productif si le coût des dépenses ménagères incompressibles augmente de 10 ou 15%. Il serait préférable de geler les salaires ou de les baisser légèrement si cela aidait à neutraliser l’inflation.
Tous les ministères ont connu une hausse de leur budget ces dernières années. La qualité du service public s’est pourtant dégradée et le mécontentement est grandissant. De toute évidence quelque chose ne fonctionne pas.
Si la France est mise sous la tutelle de Bruxelles, le choc d’austérité sera plus dur. En témoigne le traitement subi par les grecs entre 2010 et 2012. Rappelons aussi le courage des portugais qui ont pris dans la foulée les devants pour éviter de subir le même sort : les salaires de la fonction publique ont baissé en 2011 entre 2,5 et 12% (moyenne 5%), les 13ème et 14ème mois ont été supprimés. Les salaires ont été gelés en 2012 et 2013 et les effectifs ont été réduits de 10% via un gel des embauches et un non remplacement d’un départ à la retraite sur deux. La durée hebdomadaire de travail est passée de 35 à 40 heures sans compensation salariale. Les budgets des collectivités territoriales ont diminué de 22% entre 2010 et 2012. Les pensions de retraite supérieures à 1 000€ ont également été mises à contribution. La dette publique portugaise est revenue à 91% du PIB à la fin du premier trimestre 2026.
Imposer à tous les budgets une compression de 6% est le seul moyen de ne pas stigmatiser un budget ou une population en particulier. C’est le seul moyen théoriquement de rendre l’effort supportable pour tous. Demander un effort à une seule catégorie, par exemple les retraités comme il est souvent avancé, n’est pas acceptable.
La première année, c’est-à-dire maintenant, c’est -6%. Pour les années suivantes le budget doit être voté chaque année en léger excédent tant que le ratio dette/PIB n’est pas revenu sous l’engagement européen de 60%. Ce plafond n’a pas été choisi par hasard, il est considéré comme soutenable. Précisément parce qu’au-delà les efforts nécessaires pour revenir en dessous sont plus conséquents.
Il faudra donc s’armer de patience. Cela fait plus de 50 ans que l’Etat français (c’est dire chacun de nous) vit au-dessus de ses moyens. Le retour sous le plafond de 60% ne va pas se faire en quelques années. Mais il est indispensable pour éviter un conflit intergénérationnel.
Le léger excédent budgétaire vise à faire face aux imprévus. Car c’est aussi un point qui explique comment nous en sommes arrivés là. A prévoir des budgets sans marge de manœuvre il n’est plus possible de faire face aux imprévus. De la même manière que le budget d’un ménage doit systématiquement comporter un poste pour parer aux imprévus (panne des appareils domestiques, renouvèlement…), le budget de l’Etat se doit d’anticiper. Le déficit doit être un accident, pas un objectif.
Le marché des emprunts pour les entités publiques locales
Les taux fixes s’envolent sans surprise. Les prêts sur 15 et 20 ans amortissables se signent actuellement dans les fourchettes respectives de 4,20%-4,50% et 4,30%-4,60%.
Les marges sur taux variable ont également progressé pour refléter l’augmentation du coût de refinancement des banques. Elles flirtent avec les 100 points.
Etonnement nous ne constatons pas d’accroissement de la rémunération du risque. Les niveaux proposés ne sont que la répercussion de la hausse des taux de swaps et des coûts de refinancement. Cela amène à un constat : les entités publiques locales empruntent à des niveaux plus faibles que l’Etat français. Il faut dire que tant que les banques continuent de proposer du crédit, et c’est pour le moment le cas, il n’y a plus de raison que les entités publiques locales se tournent vers le marché obligataire. Sur ce dernier les investisseurs attendent toujours un spread au-dessus du taux souverain de référence. En dehors des cas particuliers ce marché est à l’arrêt.
Pour les placeurs
Le mot d’ordre reste le même : conserver des liquidités pour saisir des opportunités.
C’est l’occasion de rappeler que, comme pour l’Etat français à qui nous conseillons de créer un fonds souverain pour préparer l’avenir, nous recommandons toujours aux ménages de jeter les bases de leur propre avenir : soit au travers de contrats d’assurance-vie ou de capitalisation soit au travers de sociétés civiles familiales. C’est-à-dire toujours au travers d’enveloppes de capitalisation pour bénéficier de la magie des intérêts composés. Cette attitude responsable est la seule qui permette de s’assurer des lendemains sereins.
